L'innovation en temps de crise

Le mouvement artistique du Bauhaus émerge en 1919 dans la très bourgeoise cité de Weimar. L'ancienne école des beaux-arts s'assoupissait dans le conformisme d'idées dépassées. Ce courant révolutionnaire va casser les codes et tout repenser.


Une matrice, où les femmes et les hommes -futurs créateurs sont déformés et formés.

Un très bel ouvrage des éditions Taschen célèbre le centenaire du Bauhaus qui a révolutionné les arts décoratifs et l'architecture. Ce mouvement a émergé dans l'Allemagne de l'après-guerre en 1919. Temps de bouleversements politiques, économiques, sociaux mais aussi esthétiques. La société, sûre d'elle-même, s'écroule après la défaite allemande. Les cadres sociaux explosent, les croyances sont mises à rude épreuve, les codes de comportement évoluent, les critères esthétiques vieillissent et sont rejetés. Plus rien ne colle, tout est remis en cause.

Pour percevoir l’originalité et l'influence de ce mouvement, il faut en plus de l'ouvrage, se plonger dans la série TV Bauhaus, un temps nouveau. On y voit les méthodes révolutionnaires du directeur de l'école, Walter Gropius. Ce dernier recompose une équipe pédagogique, fait appel à des personnalités atypiques, exige un renouvellement des parcours et des finalités, une utilisation de nouvelles matières, une réflexion sur le sens des arts et de l’architecture. En quelques années, un style sort de terre : nos mobiliers, nos objets, nos toiles et dessins, nos logements prennent de nouvelles directions. Les principes et l’esprit ont changé, les techniques sont renouvelées, le rendu esthétique est bouleversé.


Lieu d'expérimentation


Quelles leçons peuvent tirer créateurs et entrepreneurs de cette époque d'effervescence ?


Premier enseignement : on change profondément les choses et les idées en temps de crise. Les esprits chamboulés par ce qui se passe autour d'eux sont enfin aptes à accepter de nouvelles solutions.

Deuxième enseignement : pour innover il faut une matrice où les femmes et les hommes - futurs créateurs - sont déformés et formés. Un lieu où l'expérimentation est possible, souhaitable, exigée, voire nécessaire, car on se trouve mis en position avec un milieu extérieur hostile.

Troisième enseignement : le changement, pour être profond, doit faire appel à des gens bien différents par leurs parcours, leurs techniques, leurs volontées…


De cette confrontation, dans un espace choisi et organisé, naîtra un projet original. Enfin les innovations viennent toujours de quelques individualités peu nombreuses, et non d’un groupe de personnes, même si l’entraînement ensuite est collectif.



Article de Jean Grimaldi d'Esdra, publié dans la revue "MANAGEMENT" de mars 2020.


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