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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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Jouer ou assister à un cours ?

Dépasser les oppositions de pédagogie.

 

 

Heureusement la réalité de l’enseignement à distance ne s’enferme pas dans la seule réponse à cette opposition caricaturale et frontale.

 

1- Une fausse opposition de pédagogies caricaturées.


« Il faut des pédagogies ludiques pour que les gens accrochent ». J’ai reçu le conseil et j’ai classé... sans suite. 
 

Évidemment même pour des adultes, même pour des professionnels, à certains moments, un jeu de cartes, un parcours, la création d’une BD peuvent être un détour intéressant pour faire saisir, comprendre, percevoir la réalité d’une situation.  
 

Les autres, sans doute, nous parlent plus facilement, plus directement, à l’occasion de ces activités dites ludiques. Mais de là à en faire un systématisme pédagogique, il y a loin. Ce sont des outils pour faciliter une connaissance réciproque, créer ou partager une ambiance, entamer une coopération.

Comment faciliter l’acquisition de connaissances pour des personnes qui débutent dans une matière, bien que très échaudées par des parcours scolaires plus ou moins réussis ?
 

Le faux dilemme « cours/jeu » oppose frontalement deux types de pédagogie. 

L’une serait faite de plaisir, d’acceptation, de bons sentiments, de mises à niveau faciles. On peut même faire référence directement ou tacitement aux jeux qui ont bercé notre enfance et nous ont passionné finalement lors de temps de loisirs. Cette réactivation est subtile et efficace. 
 

L’autre se greffe apparemment sur la contrainte, l’ennui, le temps qui passe lentement. Rigueur de la prise de notes, obsession de ne rater aucun cours, impossibilité de poser des questions. Ambiance massifiantes, rôles de l’enseignant et de l’apprenant figés dans une dispositions quasi théâtrale.

 

2- L’épreuve des faits


Perdu dans ces pensées, à la recherche de solutions adaptées à notre époque, et à toute la pédagogie de la transmission du savoir qui va devenir le véritable enjeu des années à venir,  je chemine un peu écartelé.
 

Des thèmes et sujets différents sont de bons dérivatifs. Je tente de ne pas tomber dans l’obsession... Heureusement, je  me suis pris d’intérêt pour un  tout autre sujet que la pédagogie, sujet très particulier où je ne connais absolument rien. 
 

Me demandant comment avoir une bonne perception de ce nouveau domaine, très loin hier de mes centres d’intérêt,  je repère une conférence prononcée par un spécialiste dans un institut parisien.

Le plaisir, le travail, le loisir s’entrelacent facilement et je dois avouer que j’évite soigneusement de compartimenter les domaines, les activités, les expérimentations.
 

Un spécialiste, une conférence au sujet ramassé, une durée raisonnable, tout me paraissait concourir à une petite progression en termes de connaissances.
 

Prudent, j’arrive avant l’heure, pénètre dans la salle de conférence et surprise, me voici plongé dans un amphithéâtre, identique à celui de mes années de jeunesse.
 

Je choisis ma place, je m’installe et baisse le siège.  La machine à remonter le temps s’est mise en route. Le siège grince, la tablette, devant moi, n’est pas assez grande pour déplier un cahier ou une feuille A4, il faut la positionner de travers. Je replonge  dans les amphithéâtres de mes  années d’étudiant, peu confortables et intimidants. 
 

Le conférencier arrive, installe son ordinateur, réalise ses branchements et bien évidemment rien ne marche... Une bonne âme  opère quelques modifications de paramètres : miracle ! L’image s’affiche, le titre de la conférence  s’annonce aussi passionnant que le sujet.  Me voici tout ouïe.
 

Au bout de 10 minutes, il faut bien que je le reconnaisse, l’ennui me submerge. Je  me souviens  de nombreux cours où les heures s’égrenaient avec difficulté. Tous ces cours où la prise de note « linéaire » s’imposait et les pages s’accumulaient...rendant quasi impossible de manquer un cours et d’aller boire un café sur le cours Mirabeau...

 

3- Une révélation...quand même 
 

Retour dans mon amphi de 2019. C’était bien un cours traditionnel auquel j’assistais.  Certes le sujet devait être intéressant et  inédit pour moi.

Les fourmis dans les jambes, l’assoupissement précoce, que faire ? Partir ? impossible ! Il faut tenir...
Discrètement je regarde plusieurs fois ma montre : le temps défile lentement,  nous arrivons à la première demi-heure.

 

Ringard, dépassé, inadapté, mes jugements  péremptoires exécutent cours et conférencier. Les quelques photos, mises dans le PPT de service, ne donnent aucun signe de modernité comme de réflexion concrète, sauf les cartes qui réveillent mon intelligence assoupie.

 

Voilà le temps grignoté. L’orateur se chauffant, l’étudiant se focalisant, nous arrivons à la fin de la conférence/cours.
 

Je vois bien toute la difficulté d’utiliser cette pédagogie du cours magistral à notre époque. 

J’en ai moi-même souffert pendant des années. Je l’ai même imposée à des générations d’étudiants. J’espère seulement qu’ils étaient moins envahis par ce traître endormissement qui me guettait. Tout ceci borne les immenses progrès à réaliser dans une pédagogie apparemment dépassée.

Mais voilà, ce cours magistral m’a permis en 1h30 de faire le tour d’un sujet de manière systématique, structurée, illustrée. 
 

Parcours rapide donné par un spécialiste connu, ayant mûri le sujet sur de nombreuses années. Où et comment trouver une meilleure synthèse de structuration de connaissances ? 

Les principes sont posés, les exceptions données, les modes de raisonnement ajustés. Des chapitres, pour s’évader, pour élargir, pour connecter, sont également proposés. 
 

En 1h30, une progression raisonnable donne la compréhension la plus complète possible d’un sujet inconnu. Peut-on faire mieux ? Des illustrations sont plus pertinentes que d’autres. L’objectif n’est pas tant de satisfaire l’œil ou le distraire. Il s’agit de lui donner à penser différemment pour compléter la découverte.

 

4- Des aménagements indispensables
 

Une conclusion s’impose  à moi : le cours magistral n’est pas mort, il mérite une profonde rénovation. On ne pourra  pas le remplacer si facilement pour structurer les intelligence et donner le bagage minimal sur une thématique totalement nouvelle. Que mettre à la place ? Comment le repenser pour l’enseignement à distance ?
 

Une découverte solitaire  sur un tel sujet nécessiterait des heures et des heures de lecture, en sachant encore quoi lire. Mais  où trouver le livre, le manuel, peut-être même épuisé ?
 

Comment remplacer l’anecdote, le vécu, la complicité de la personne présentant ce sujet et voulant le faire partager avec passion, avec plaisir, et avec une certaine bienveillance ? 
 

Il faut bien reconnaître que l’on ne peut faire disparaître l’effort nécessaire pour capter des choses nouvelles. Cette opposition du jeu/plaisir et du cours/effort est bien juste. Apprend-on vraiment du plaisir ? Faut-il l’effort pour comprendre, mémoriser, intégrer ? Que nous diraient sportifs et musiciens qui répètent sans cesse pour maîtriser ?
 

Dans les techniques de jeu, l’aisance est immédiate pour nombre de personnes. L’action et la participation sont assez faciles, la satisfaction et l’intérêt quasi immédiats.
 

Le cours (disons transmission structurée de connaissances)  n’entraîne de prime abord  que passivité et soumission à la pensée de l’autre.
 

Il faudrait sophistiquer la prise de notes pour générer l’action immédiate de tri et de captation des informations. Cela serait facilité si nous utilisions plus systématiquement une technique cueillie notamment au Québec. Il ne s’agit pas de décliner un état de l’art complet lors d’un cours. Il s’agit d’abord, et en permanence, de bâtir une transmission, non sur l’exhaustivité d’une matière, mais plutôt sur les points-clé que chaque personne devrait retenir à un moment pour progresser lors de chaque séance.
 

Cependant une vraie question se pose sur la capacité d’attention des apprenants. Elle diminuerait de plus en plus. Etc-ce si vrai ?Certaines applications partent de ce constat (Babbel pour les cours de langues par exemple) et raccourcissent le temps de leurs modules. 

Il faut indéniablement régler progressivement un curseur : court en début de cycle, plus long en fin de parcours. 
 

L’entraînement serait efficace si les transmetteurs prenaient en compte un fait : notre attention doit « s’oxygéner » régulièrement (au bout d’une dizaine de minutes ?) pour retrouver sa pleine puissance. 
Varier tonalité, illustrations, rythme  est essentiel à cette « oxygénation ».

Me voilà pris à défendre une figure pédagogique, le cours magistral, que je n’aimais pas lors de mes lointaines années d’étudiant. Mais je dois reconnaître à l’usage sa totale pertinence. Malgré mes tâtonnements je n’ai guère trouvé mieux.
 

La vraie question n’est donc pas : faut-il supprimer le cours magistral ? 

La vraie question est : comment rénover, et former les enseignants à un nouveau type de cours structurant les connaissances pour des débutants qu’ils soient stagiaires de formation professionnelle ou étudiants en formation initiale ? A distance comme en présentiel.
 

Comment adosser ce moment de transmission à d’autres moments, préparatoires ou complémentaires ? Varier les styles pédagogiques restera une solution réaliste en connectant passé et présent pédagogiques.

 

 

On s’aperçoit, une nouvelle fois, qu’il appartient à l’homme de faire basculer l’intérêt et d’entraîner l’intelligence à chercher ce qu’il faut connaître !

Nous démarrons toujours  ignorants d’un sujet, mais la puissance de la transmission est de rendre chacun d’entre nous plus « sachant » car nous montons sur les épaules de tous ceux qui nous ont précédés ! Des nains sur des épaules de géants disait-on au Moyen-Âge...
 

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