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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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Robots ou Chatbots, professeurs de demain ? Faut-il créer des avatars ?

 

Au fond, un maître est-il bien nécessaire pour apprendre, comprendre, progresser ?

Depuis des années circulent les photos de ces robots, répétiteurs de connaissances, remplaçant les professeurs.

Demain, un Chatbot (système automatique qui est en passe de remplacer notre banquier ou notre assureur) sera-t-il le professeur de la formation à distance ? Un bel avatar apparaissant de temps en temps pour donner l’illusion et l’émotion de la présence d’un »vrai » professeur.

 


1- Le vécu et le souvenir

Il y a un âge où on consent à se retourner sur sa route et à repérer les gens qui ont vraiment compter dans nos parcours.

Peu en fait. Pas d’orgueil dans cette sélection (ou élection), les souvenirs affluent ou non. Nous nous souvenons d’un nom, d’un moment et d’une idée ou maxime de vie et de pensée totalement intégrée.

Mais le peu ne veut pas dire rien ! A chaque âge de notre formation, un nom, une figure surgit. Elle dépasse, mais sans écraser et faire disparaître, les autres personnes.

Ces figures ont su nous marquer, nous aiguiller, planter un poteau, une ancre, un témoin pour ne pas dériver et aller plus loin. Parfois êtres de chair, parfois témoins intellectuels dont nous creusons vie et pensée.

Elles ont ouvert une porte, donner un outil, éclairer et proposer une route. Il y a eu de leur part un choix de parti-pris qui démolit les gravats qui bloquent le cheminement.

2- Le maître, l’élève  et le disciple

Ces termes me direz vous sont bien désuets au temps de l’individu-Roi. L’étudiant ou le participant à une formation proclame vite qu’il veut parler, qu’il a des choses à dire, des témoignages à apporter. Certes, certes...

Si l’enjeu n’est que de vendre des « produits » formation pour aider à l’ « employabilité » temporaire effectivement les mots sont non seulement désuets mais inappropriés.

Mais si l’enjeu, en fait, dépassait cette simple vente ? S’il s’agissait de donner à chacun les moyens de construire, dans son chemin de vie, autonomie et liberté, densité et originalité ? Les dimensions du sujet changeraient du tout au tout.

Comment dire sans blesser ?

Lequel d’entre nous peut tout savoir ? A-t-on lu, étudié, médité (quezako?) rencontré tout ce qui permet de comprendre et de transmettre dans un domaine.

Apprendre nécessite d’abord d’écouter, de regarder, de comprendre, d’assimiler, de répéter et enfin de maîtriser...

Prenons un détour : un frimeur croit, pour avoir vu un maître d’aïkido exécuter un mouvement,  être capable immédiatement de maîtriser le bon geste, la bonne posture !
Singer le geste devant sa glace (ou son écran) peut donner l’illusion, sans spectateur, d’une belle maîtrise d’un art martial, mais la réalité sera moins idyllique....et le risque de s’aplatir sur le tatami non négligeable.

Ce qui est évident en sport devrait l’être pour toute acquisition de connaissances et d’apprentissage.

Pourrais-je apprendre un sport avec un manuel du genre l’aïkido pour les nuls ?

Évidemment non. Le maître, les autres élèves, le lieu, le moment, la répétition, la persévérance sur la durée.. tout concourt à la progression. Rien ne peut, ne doit manquer.

Mais le maître donne l’essentiel:  l’esprit et le fond. L’élève apprend...

Le disciple, en proximité du maître, pénétré de l’essentiel, se risque à cheminer de sa propre volonté quand le moment est venu. Le maître alors s’éloigne  progressivement.

Le maître sert aux deux, élève et disciple. Il structure les premiers. Il élève les seconds après avoir aidé à la construction.  Les disciples vont perpétuer l’essentiel ce qu’il a transmis. Il accepte que cet essentiel soit transmuté par l’expérience et la pensée propres du disciple.
Ce maître n’est ni parfait dans l’esprit, ni indépassable dans sa connaissance. Il doit bien reconnaître qu’il n’est qu’un transmetteur, un passeur. Il humanise la relation de transmission du savoir.

3- Le maître disparu ?

Les nouvelles technologies, la mise à distance rayeraient  du processus de la connaissance l’existence du maître, du professeur, du passeur, vestiges du passé, de l’ancien temps évanoui. La Data stockée suffirait. Mais suffirait à quoi ?

Le processus de transmission nécessite pourtant un transmetteur et un apprenant. Pour structurer l’essentiel, pour adapter l’exigence, pour créer la progressivité, l’homme reste, pour longtemps, le vecteur le plus simple pour nombre de matières à enseigner. L’algorithme de formation à l’aïkido n’est pas né ! Et pour nombre de domaines également.

Créer un nouveau couple apprenant-répétiteur coach n’est qu’une facette du sujet. Cela sera utile mais ne peut ambitionner de remplacer le professeur, vrai garant de la transmission.

Ceci étant dit, la révolution de la connaissance qui se développe, qui se précise, exige de repenser la place, l’action et la figure du maître. Ni parfait, ni irréel.

On peut rêver d’un avatar que l’on ferait apparaître de temps en temps, vieux sage à la mode des romans de fantasy. Tout cela peut-il suffire à combler un déficit émotionnel ou répondre au besoin caché du père-maitre, de la mère-maitre ?

Le maître n’a pas à être présent toujours et partout mais il doit bien exister car son existence crée et achève le processus d’apprentissage de connaissances.

La vraie question sera pour les institutions : quel type de maître ou professeur, où les trouver, comment les former, quel rôle leur attribuer ?

4- Le maître de demain

Quelques principes pour provoquer et dessiner ce rôle.

Cela n’a pour but que de provoquer l’échange et la réflexion.

Transmettre un savoir comme un savoir-faire exige une lente maturation et une recherche sur les bonnes sources. Pourquoi tant d’étudiants moquent leurs enseignants qui auraient « pomper » dans Wikipedia leurs interventions ?Fausse ou vraie, cette assertion délimite un niveau de qualité attendue et exige la présence, l’existence du professeur « sachant ».

Préparer son enseignement exige de connaître l’état de l’art et d’y ajouter sans doute sa propre vision.

L’enseignant est garant de la qualité des messages transmis,  fruit de ses recherches, lectures nombreuses, rencontres diverses.

On enseigne par l’intermédiaire de signes, de paroles. Il faut articuler ce contenu. C’est le travail premier du transmetteur.

S’occuper d’enseignement nécessite d’enseigner et de transmettre un sujet, une matière régulièrement. Enseigner n’est pas gérer un processus, en « assemblant » des moyens ou des prestataires.

Un professeur doit être au « service » des étudiants. Il doit donc les voir, leur parler, répondre à leurs questions. Rebondir sur les remarques pour adapter contenu et progressivité de la formation.

Enseigner ne signifie pas être capable de tout transmettre.

Enseigner ne veut pas dire « distribuer » un savoir mais le transmettre avec tous les aléas de la réception d’un message.

Les bonnes pratiques, aujourd’hui reconnues,  seront les bonnes pratiques de demain à distance comme en présentiel.

Enseigner, c’est aller à l’essentiel d’un sujet pour permettre une compréhension et une autonomie progressive de l’apprenant.

Enseigner c’est choisir avec finesse les meilleurs outils. Ferons nous mieux que les cartes et infographies des écoles primaires du passé, mieux que les dictées régulières et le calcul mental rapide à l’ardoise levée. Les nouveaux outils font lever de nombreux espoirs tout est possible. Mais l’outil n’est pas la connaissance.

Enseigner ne veut pas dire mépriser ce que l’on peut apprendre seul ou avec d’autres. Enseigner c’est composer et rendre cohérent ces modes d’apprentissage.

5- Que faire ?

L’essentiel redémarre toujours par la richesse humaine sur laquelle il faut bien investir...

Les professeurs de demain... même pour les institutions de formation à distance sont déjà là ! Il faut les repérer, leur donner la possibilité de s’exprimer, de se former.

  • Rapprocher deux mondes ?

Je subodore que des castes, des mondes, des statuts s’opposent à fleurets mouchetés...

Stupide serait l’attitude de ceux qui travaillent sur les nouveaux modes de transmission à refuser l’expérience de l’enseignement dit traditionnel en presentiel.

Suicidaire serait le comportement des enseignants qui s’enfermeraient dans une vision trop traditionnelle et se fermerait aux expériences de la transmission à distance.

Les corporatismes et les psychologies rigides certes ne faciliteront pas les transferts d’expériences. Faire des allers -retours dans des systèmes différents serait bénéfique à tous !
Il faut bien avancer...pour le bien de ceux qui voudraient apprendre.

  • Favoriser des expériences

La création de plateformes de création simple de modules à distance ou des ateliers d’aide à la création de webinar (par exemple) permettrait d’instiller la nouveauté sans rien précipiter. Ces modules seraient proposés comme compléments au cours traditionnel. Il faut avancer doucement et installer les gens dans des micro-réussites pédagogiques.

Il y aura toujours des personnes refusant la nouveauté...  par dessus tout, évitons une coupure « profs » de l’ancien système et « animateurs » du nouveau.

  • Former les professeurs

Au delà d’expérimentations, il faudrait proposer un parcours de formation aux professeurs pour découvrir nouveaux moyens pédagogiques et problématiques de la formation à distance.

Leur mission serait d’identifier les voies et moyens de retrouver audience et pleine légitimité. 

Il faudra exiger de toute institution de formation à distance un souci de niveau »académique ». Transmettre ne voudra pas signifier baisser le niveau. Proposer des programmes de recherche aux équipes chargées de la formation à distance posera des exigences.

  • Valoriser les connaissances structurantes

On aime beaucoup depuis 20 ans l’expression « apprendre à apprendre »... elle dégouline de toutes les réunions et de tous les écrits.

Le seul vrai moyen est de repenser la transmission des connaissances structurantes qui seules donnent les outils pour apprendre et densifier sa pensée : lire, écrire, structurer sa penser, argumenter...
Il faut fuir les matières « faibles » qui amusent et distraient ou, à tout le moins, ne pas  leur donner une place première.

  • Trouver des nouvelles voies pédagogiques

Ne nous cachons pas que nous devons tous réaliser un effort de réflexion et d’imagination pour faciliter l’accès au savoir. Mais la question n’est pas vraiment : « comment amuser pour mieux apprendre ? ».

L’enseignant doit transmettre, c’est sa mission, ce n’est pas tant une fonction. La passion pour sa discipline est seule gage d’attirance, d’aimantation.

Nous le savons, le vide actuel et la crise de la transmission  des savoirs sont  créés par le manque de passion et l’absence d’une mission acceptée plus que par le déficit de moyens qui seraient toujours insuffisants.
 

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