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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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A l'affiche

La preuve par la canne. De la bienveillance et de la solidarité.

 

Drôle de titre et drôle d’accroche me direz-vous ? Voyez et jugez vous-mêmes !

 

Les accidents  sont toujours stupides. Quand ils ne sont pas très graves, l’esprit reste en éveil pour autre chose malgré les douleurs. Un ami vient de me raconter la mésaventure qui le touche.

 

Pas de travaux ménagers, pas d’accident sportif, le sort ... Rien de grave, un simple problème mécanique. 

 

Assistance à un concert de musique classique, moment paisible mais voilà deux voisines qui  veulent sortir du rang. Il se  précipite hors de son siège, tourne son genou de manière bizarre, craquement sinistre, douleur. Dans la suite des heures il découvre l’existence du ménisque, les soins, la rééducation, pas d’opération possible ...

 

De fil en aiguille, du genou à la canne. Ce n’est pas, plus facultatif, il doit impérativement avoir une canne.

 

1- Le choc de la canne

 

Voilà notre homme dans les affres du passage à une autre catégorie. Il est affublé, temporairement peut-être, d’un léger handicap qui nécessite un appareillage visible.  

 

Il faut s’affronter au regard des autres. Les grands enfants peinés et ne voulant pas le montrer. Le « pater » est passé dans une nouvelle catégorie. Non celle de qui on attend quelque chose mais celle dont on demande des nouvelles.

 

Les voisins de l’immeuble, enfin soyons vrais surtout les voisines, au regard appuyé, lancent un  petit sourire. Mi commisération, mi ironique. 

 

Le coiffeur surpris, éclate de rire à l’évocation du concert.   « Je ne vous voyais pas dans un concert Métal... on aurait pu se croiser. »

 

Que de rencontres qui font grincer.  On n’est plus comme avant...c’est sur soi qu’il faut travailler. 

 

Porter la canne c’est peut-être s’avouer vaincu. Le cinéma commence à défiler. On accroît sa faiblesse à mesure que l’on perçoit le regard des autres balayant sa silhouette. Comme pour tout il s’agit de tenir et de résister. Heureusement l’alter-ego précède les états d’âme. 

 

Au diable. Il faut assumer. La canne auparavant était instrument d’élégance ou de combat. Allons sublimer tout cela, expurger le négatif en fouillant les galeries parisiennes spécialistes de cannes depuis 1903....

 

2- Le monde est neuf

 

C’est fou comme le regard change tout. C’est un peu comme si on regardait le monde de la fenêtre d’un autre.

Car le genou un peu brinquebalant et la canne à la main, il faut bien le dire, le monde de la mobilité est bien différent.

 

Voilà ces fous qui vous dépassent même sur le trottoir avec leurs trottinettes électriques et autres roues animées. Voilà ces enfants en délire qui semblent foncer sur vous, et en plus sur la mauvaise jambe. Ah mince, des joggeuses avec leurs chiens. Gare à droite, gare à gauche...Les injures du capitaine Haddock sont très mesurées semble-t-il...

 

Et puis les trottoirs ? Que fait la mairie, les travaux publics, l’équipement ? Il n’y a que des trous, des bosses, des renflements, des failles, des décalages de niveaux... Le monde connu a disparu.  Les difficultés inhabituelles surgissent, la fatigue apparaît, l’énervement enfin envahit. Cet accident bénin nous fait différent, plus faible. C’est très difficile à supporter mais ...

 

3- La preuve par la canne

 

Le monde semble-t-il est dur, violent, sans solidarité. On l’entend, on le pense, on le dit. Mais si ce n’était pas totalement vrai...?

 

Première traversée d’un carrefour. Une dame habillée de jaune fluo surgit de nulle part, s’interpose avec son signal « stop ».

- Allez-y monsieur, vous pouvez passer sans risques, à votre allure.

 

Bing ! Le passage à la nouvelle catégorie est acté. Un doux mélange de colère et de remerciements envahit notre homme. Quelques mètres plus loin sur l’avenue, des jeunes filles américaines, un peu déjantées et mystico-dingo croisent sa route. L’une sourit et s’approche avec une parole « courage et bonne journée ». Tant qu’elle y était, elle aurait dû dire : « bonne journée quand même » ...

 

Et puis la journée se passe, on s’habitue au regard des autres, réel et supposé.

 

Il faut bien arriver au fil des jours au vrai constat, à la découverte importante, proprement stupéfiante pour l’esprit. On croise énormément de gens gentils, prêts à aider de toute manière : se précipiter pour ramasser votre canne tombée à terre, vous laisser leur place, vous proposer de l’aide ... avec sourire et simplicité. Sans appuyer, sans insister.

 

Le vrai travail sur soi continue: l’acceptation de la gentillesse des autres n’est pas si facile. Transformer son propre esprit exige d’accepter sa situation -même temporaire-  et d’accueillir comme une belle surprise que les personnes gentilles dans la rencontre du quotidien sont plus nombreuses que l’on ne croit habituellement. Toujours là. Tous les jours.

 

La preuve par la canne: la bienveillance existe, encore faut-il l’accueillir.

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