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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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Avocat et intelligence artificielle, vers la naissance de l’avocat-oïd

 

Il y a des travaux précurseurs. Tétanisés par les menaces assez imaginaires  d’une intelligence artificielle  débridée nous ne serions plus maitres de notre destin. Quand la panique vient, il faut s’en tenir au contexte, aux faits, au certain, au nécessaire.

 

1- De la vision traditionnelle au choix mûri de l’essentiel

 

C’est ce que vient de réaliser Bernard Hawadier dans un essai publié pour affronter le devenir de la profession d’avocat. On espère que d’autres professionnels, de différents secteurs,  livreront pareilles réflexions, outils de méditation et d’action. 

 

Bernard Hawadier se définirait certainement par une vision humaniste de ce métier. Ses gloires, ses devoirs, ses plaisirs. C’est l’avocat de la salle des pas-perdus au Palais, qui ne dédaigne pas  la plaisanterie ni la controverse. Grave, verbe haut, pudeur et réflexions. Quel mélange ! Mais est-ce du passé qu’il faut donc seulement parler ? D’une profession aimée, admirée, souvent incomprise, il faut trier aujourd’hui l’essentiel, faute de s’avancer vers un naufrage désastreux.

 

Cet essai est salutaire pour lui, pour nous, pour tous ceux qui voudront toujours embrasser les droits d’une défense et conseiller au long-cours des clients connus.  Le mercantilisme a fait chavirer le navire, le digital va-t-il le détruire ?

 

Le livre, solide opus, fort de nombreuses références, présente une nostalgie sans regrets, des convictions sans fermeture, une ouverture commandée par les seules finalités essentielles à la justice et  aux justiciables.

 

2- La compréhension d’un tsunami 

 

La science autonome a pris son essor, la technique grignote le ciel et la terre. Nous pensions résister chacun sur nos prébendes. Mais non un rouleau compresseur, un tsunami nous oblige à reconnaître que le monde a changé. Le droit, les métiers du droit ne peuvent échapper à une redoutable remise en cause.

 

Un enchaînement subtil de moyens techniques (puissance exponentielle de calcul et de stockage), de recherche d’une consommation toujours ajustée et économique, de désirs, de modes et d’habitudes, finit de faire exploser un métier traditionnel.

 

On stocke toutes données; à partir de là, pourquoi pas du droit, des textes, des décisions? Il ne s’agira que de traiter de la data en diminuant les coûts, raccourcissant les délais, supprimant des intermédiaires. C’était attendu : l’uberisation gagne le Barreau. 

 

Le danger peut devenir plus grand :  une plateforme remplace l’avocat et le conseil. Pour de nombreuses questions juridiques,  le consommateur, toujours près de ses deniers, acceptera même un service aplati. L’offre fermée du service proposé, même si non complète, apparaîtra suffisante. De la compilation de documentation  à la prédiction de solution tout serait possible. 

L’efficacité du Chatbot dans le traitement des contentieux simples comme la contestation de PV est envisageable... Pourquoi pas d’autres contentieux à terme?

 

L’ouvrage de Bernard Hawadier nous aide à ne pas tomber dans le catastrophisme, à discerner le possible, le souhaitable, la fiction. Certes le Barreau reste un métier traditionnel, bouleversé dans ses outils, ses méthodes, son contexte, son avenir.

 

3- Un nouveau chemin 

 

« Tout prévoir, ne pas tout craindre » (Cardinal de Bernis)

 

Finalement constater, mesurer, ausculter, augurer a du bon... il faut se caler sur le connu et l’essentiel car demain se bâtit aujourd’hui.

 

Trois piliers du métier perdureront quoi qu’il advienne :  l’étude qui crée la sûreté et la maîtrise du professionnel;  le conseil et son ingénierie , pour accompagner des besoins toujours renaissants; la transaction et le procès pour réguler les oppositions. « Il faut revenir à l’os », à l’essentiel pour garder une fonction d’humanité.

 

La technique a son rôle, gadgets pour certains, outils sûrs pour d’autres. Mais la parole, l’argumentation  garderont leur importance pour rapprocher, comprendre, convaincre.

 

 

Dans la dernière partie de cet essai extrêmement charpenté,  l’auteur  propose de nombreux chemins et solutions pour ne pas se retirer dans un passé éteint en acceptant et maîtrisant le nouveau.  Comment se former ? Comment fixer des honoraires ? Très certainement cette partie s’enrichira dans les mois à venir, riche des témoignages de praticiens.

 

Des sujets de fond restent à explorer. L’arrivée de nouveaux clients, volatiles inévitablement, sera un des enjeux des cabinets de taille moyenne. Créer et utiliser un marketing ? Mais comment le garder acceptable avec des liens pérennes ?

 

Nous  pourrions avoir le sentiment que le bouleversement profond qui nous touche, qui atteint  la substance des choses, qui modifie des concepts autrefois immuables, nous est contraire, étranger, ennemi. Chaque activité peut se dire toujours cela face au nouveau.

 

Pour le droit, retenons quelques sentences fortes qui engagent à passer dans le nouveau monde, sans brader l’essentiel.

 

Le risque de la technique sur le droit : « dissocier l’élément judiciaire de l’élément juridique; le judiciaire n’est plus chargé ni de poursuivre la justice ni de créer le droit, mais d’appliquer les lois. » La machine saurait faire.

 

 Le principe à sauvegarder: « quand le droit est dissocié de la justice, il devient une boussole dont on a désaimanté l’aiguille. » (Jacques Ellul).

 

 

Me Bernard  Hawadier, L’avocat face à l’intelligence artificielle, Librinova 2018

https://www.avocats2-0.com/

 

Pour commander l’ouvrage:

https://www.librinova.com/librairie/bernard-hawadier/l-avocat-face-a-l-intelligence-artificielle

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