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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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« On n’aura vu ni venir ni partir Mai 68 »

 

Face à l’incertitude, il y a des moments où la stature des hommes en place permet d’éviter le pire et de maîtriser progressivement la suite des événements. Ne pas tout savoir, ne pas tout prévoir mais faire face.

 

Avec une grande humilité, un élégant courage, une réflexion mêlée à la tactique, Maurice Grimaud, Préfet de police en 68, nous laisse d’étonnants mémoires. C’est un bel outil pour comprendre et méditer le risque des révolutions, la difficulté du maintien de l’ordre, le choix de la force maîtrisée plus que la violence déchaînée. 

 

C’est un grand serviteur de l’Etat qui s’exprime avec simplicité, tolérance et grande profondeur. Le récit livré des journées de Mai 68 est émaillé de nombreuses réflexions, mises en garde et méditations sur la société, sa jeunesse, l’ordre nécessaire. Pas d’outrances , pas de rodomontades, pas de grands secrets déballés. Les témoignages, les journaux de l’époque le consacraient comme celui qui avait évité le pire...

 

Ce témoignage du responsable de l’ordre public est d’autant plus à prendre en compte que Maurice Grimaud ne cachait pas ses convictions plus proches de Mendès France que du Général de Gaulle, ni  son écoute et sa sympathie pour les étudiants. Rien n’est jamais simple.

 

Sans doute faudra-t-il revenir sur l’anniversaire de Mai 68. Restons-en pour aujourd’hui  aux leçons  de l’enchaînement des événements et de l’action des forces de l’Ordre.

 

1- Des hommes d’expérience 

 

Le préfet Grimaud, homme de grande expérience, a été nommé Préfet de police peu de temps avant l’explosion de mai 68. Il ne souhaitait pas ce poste mais il en a assumé toutes les fonctions.

 

Des hommes d’expérience et de terrain. 

Tout au long de ses mémoires il rend hommage à ses collaborateurs directs, aux hommes de terrain de tous niveaux, à tous ceux qui auront su s’adapter à la situation et progressivement remettre l’ordre dans les rues. Constatons que tous ces hommes avaient fait l’objet d’un parcours professionnel parfois lent, en toute état de cause toujours concret, au fait des circonstances, des situations, des lieux où les événements aller se produire. Amateurs et Rambos s’abstenir.

 

Décentraliser les responsabilités 

L’expérience des premiers heurts avec les manifestants, l’embrasement de la violence, montrent très vite à Maurice Grimaud qu’il s’agit de décentraliser le processus de prise de décision. Il nous explique avec humour que la peur tenaillant un certain nombre d’hommes politiques et de responsables, toute latitude lui avait été laissée, voire abandonnée. Il peut ainsi mettre en place son dispositif en améliorant ce qui avait été déjà décidé bien avant l’explosion, de le simplifier et de donner aux hommes d’expérience les moyens d’agir au plus prêt de l’événement.

 

2- Mener les opérations 

 

Choisir ses combats

Des effectifs sont toujours limités pour maintenir l’ordre, il faut réquisitionner escadrons de gendarmerie, compagnies de CRS et d’autres moyens de sécurité. Provoquer les foules ne sert jamais à rien, sauf peut-être à embraser la situation et atteindre un niveau d’intensité de violence irréversible. Maurice Grimaud a dû lutter avec ses supérieurs parfois pour faire comprendre qu’il fallait abandonner des lieux, des sites, des avenues pour que les manifestants puissent trouver exutoire et refuge pour petit à petit reprendre leurs esprits, et laisser les majorités silencieuses s’exprimer progressivement. Ainsi de la Sorbonne, de l’Odéon ainsi que de certaines artères du quartier latin.

 

Se fixer une ligne de conduite

Sa ligne de conduite paraissait très claire. Maintenir l’ordre sans aller jusqu’à un affrontement dramatique qui ferait couler le sang. Un pays ne peut lutter contre sa jeunesse mais doit rétablir l’ordre face a des agitateurs. Il s’est constamment opposé à l’utilisation possible de l’armée pour aider au maintien de l’ordre; les militaires eux-même appuyant cette vision. Il s’agissait  d’ « user la violence », avant de reprendre la main. Cette expression est très belle. Elle montre à quel point le phénomène de violence est irrationnel. Tout peut basculer, le sang créer l’atmosphère, le moment, le prétexte où la foule, toujours plus dense, ne sera plus maîtrisable. Maurice Grimaud connaît l’histoire de Paris, les lieux mythiques, les moments historiques à ne pas réveiller.

 

Aller au contact

Je ne sais si cela serait toujours envisageable, mais on voit Maurice Grimaud fréquemment, presque quotidiennement, aller au contact des étudiants et des manifestants, se précipiter sur les lieux. Il voulait  juger lui-même et avoir l’expérience concrète de ce qu’il allait demander à ses hommes. Cette maîtrise, ce courage tranquille  sont admirables.

Comprenant l’importance de la presse,  il soigne cette relation en disant les choses factuellement.

C’est la seule manière de diffuser des réponses aux rumeurs les plus folles et de poursuivre le dialogue nécessaire.

 

3- Maîtriser la violence

 

Rétablir l’ordre, affronter des manifestants violents est une sorte de combat. Combat ou la longue attente fait monter l’adrénaline, libère les instincts les plus primaires au moment de l’assaut. Seule une haute conscience de soi, de sa mission permet de très vite discerner ce qu’il est nécessaire de faire, nécessaire de s’interdire.

 

Le préfet Maurice Grimaud, au plus fort des événements, a cru bon d’écrire aux policiers pour rappeler l’éthique de la fonction du maintien de l’ordre. Ce texte doit être cité car il exprime une haute vision morale inspiratrice.

 

Tout est dit dans cette note : une force maîtrisée, une violence qui ne doit pas se déchaîner, un respect de la fonction de maintien de l’ordre  pour le bien de l’État et de la population.

 

« Extrait de la note du préfet de police au personnel en date du 29 mai 1968. »


« Je m’adresse aujourd’hui à toute la maison : au gardien comme au gradé, aux officiers comme mon patron, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.
Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation. » ... 

 

« Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. » (MG p 331/332).

 

En conclusion, face au rêve et à la peur, le travail quotidien 

 

On peut s’effrayer, mais surtout on s’étonne qu’ autant de responsables se soient effacés durant ce mois de Mai qui aurait pu être dramatique. Tout pouvait advenir : généralisation de la violence, changement de régime, alliance des étudiants avec les autres forces sociales. Mais rien n’est advenu. Le « rêve »  Révolution s’est évaporé.

 

On s’aperçoit que, face à un rêve recherché, peu de solutions existent vraiment. Mai 68 a été le règne de la parole. Devant l’incertitude, devant la peur, devant l’angoisse de ce qui allait peut-être se produire le lendemain, il n’y a en fait qu’une seule solution : le travail quotidien éclairé par sa conscience. 

 

Les mémoires de Maurice Grimaud sont un bel éloge au devoir d’état, à l’accomplissement de sa mission. Régulièrement, dans le respect des règles définies antérieurement mais avec le souci de savoir s’adapter aux circonstances.

 

Mai 68

Mémoires,

Maurice Grimaud

Tempus Perrin

 

 

 

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