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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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Accélérer ou ralentir ? Notre rythme pour notre vie

Le journal le 1 nous propose une belle réflexion qui nous hante, nous torture : Est-il urgent de ralentir ?

 

Selon la formule du journal, infographie, entretiens, billets,  nous poussent à l’interrogation première: pourquoi acceptons-nous d’accélérer en permanence ? 

 

Jean Viard donne deux chiffres étonnants.

En moyenne nous dormons 3 heures de moins que nos grands parents... et on gagnerait 3 heures par jour du fait de la croissance de l’espérance de vie. Moralité nous avons gagné 6 heures par jour... mais pour quoi faire ?

 

Le premier coupable de l’accélération serait l’avancée technologique et ses outils qui nous enferment dans l’instantanéité alors que nous devrions bénéficier de plus de temps libre.

C’est une hypothèse vraisemblable puisqu’évidente.  

 

Mais la peur du lendemain, du vide qui menace nos vies, du sens à donner à notre action ne serait-elle pas une explication cachée mais tellement plus forte ? Occuper le temps et le terrain pour ne pas disparaître…

 

 

 

1- Vitesse

 

Ce qui est demandé, ce qui est vécu, ce qui est souhaité. Nous subissons un rythme de vie, d'innovations plus que nous ne le maîtrisons. On pouvait avant se dire grisé par la vitesse. On raconte toujours avec commisération que lors de la création des chemins de fer au XIXème siècle, certains pronostiquaient la mort des humains et des animaux qui subiraient de telles vitesses.

Nous en profitons aujourd'hui, nous promenant sur toute la surface de la Terre. Tout nous est aisé en regard de la vie de nos grands parents. Des sociologues-géographes ont publié, il y a plusieurs années, un ouvrage fort instructif. La distance moyenne de notre domicile aux grands services nécessaires à notre vie, serait, en moyenne, de 20 minutes (Editions Belin). Ceux qui n'en profiteraient pas sortent un peu de l'histoire. Bienfait de la vitesse...

Mais dans le travail ? Vitesse des changements, vitesse de réaction, vitesse de réalisation. Et au fond accélération de tout (notre vie en premier lieu).

On le voit, cette divinité moderne nous entraîne dans un carrousel qui écrase les perspectives, les efforts, les bénéfices.

Pour mieux cerner  la vitesse, cette divinité des temps modernes, nous prendrons pour guide avisé le romancier Paul Morand (mort en 1976), l'homme pressé, qui nous a laissé dans ses chroniques (Grasset) un essai qui est un véritable bijou sur ce phénomène. Grapillons et goûtons quelque formules et aphorismes. Nos commentaires directs seraient superflus....

 

"On a souvent dit que j’étais un adorateur de la vitesse. Je l’ai en effet beaucoup aimée. Ensuite, moins. En cherchant à la mieux comprendre, je me suis aperçu qu’elle est loin d’être toujours un stimulant ; elle est aussi un déprimant, un acide corrosif, un explosif dangereux à manier, capable de faire sauter non seulement nous- mêmes, mais l’univers entier avec nous, si nous n’apprenons à le connaître et à nous défendre.»

"La notion de vitesse est née de la notion de progrès. Chez les Américains l’une ne va pas sans l’autre. To progress, avancer."...

 

"La notion qu’une chose faite vite est une chose mal faite est encore ancrée dans les esprits européens. L’expression « à l’américaine » signifie pour nous un mélange de vitesse, de muflerie et de bluff. Il y a là certainement une part de vérité. « La vitesse avec laquelle nous traversons chaque chose, dit encore Ludwig, et avec laquelle chaque chose nous traverse, est assurément nuisible à l’intensité de notre perception ; la perfection et la rapidité des nouvelles amenées à notre cerveau ne nécessitent plus qu’une pensée inférieure."...

"Goethe (1749-1832) devina notre siècle, quand il qualifia l’avenir de vélociférique. Il mit en garde le genre humain contre une trop rapide succession de bruits et d’impressions..."

"Un écrivain américain a inventé un mot excellent pour définir nos impatients, nos grands anxieux ; il les appelle « time- snobs », les snobs du Temps."...

"Il faut être rapide, mais à condition de porter en soi un contrepoids."...

"Aimons la vitesse, qui est le merveilleux moderne, mais vérifions toujours nos freins."...

Reprenons le fil de nos propos sur le monde de l'entreprise à la lumière de ces analyses de Morand. La vitesse nous l'aimons et visons, pour certains d'entre nous, à modifier les choses et les évènements. On nous surnomme "speedman". Comprendre, faire, réagir au risque de laisser des équipiers au bord de la route…

Mais peut-être ne faut-il pas oublier la sagesse de cette maxime, "porter en soi un contrepoids". Beaucoup de choses, d'évènements, d'êtres se bâtissent lentement... Des caractéristiques ont besoin de temps, de lenteur parfois : relations humaines, image de l'entreprise, qualité des produits et des hommes, solidité, sérénité des démarches.

 

 

2- Lenteur

 

La découverte de la lenteur, Sten Nadolny, Cahiers rouges, Grasset.  Un beau roman racontant l’histoire d’un petit garçon, toujours trop lent dans toutes les occasions de la vie.  Jouer au ballon était une épreuve pour lui, arrivant toujours trop tard sur la balle. Quand il était bien échauffé, la partie était terminée… 

Ce roman peut-être inspirant dans notre quête du bon rythme pour l’action et pour notre vie. 

Le petit garçon grandissant butte toujours et toujours sur cette lenteur native, consubstantielle à son caractère, à son être profond. 

Devenu explorateur, il prenait toujours un temps infini pour regarder et analyser les choses. Au plus fort d’une tempête, son équipage voyait sa dernière heure arrivée, notre explorateur examinait avec attention la côte. C’est ainsi que seul, il pût repérer les anfractuosités du rivage au loin et trouver un point de refuge pour le bateau. Il ramena ainsi sain et sauf son équipage. 

 

Aller vite, décider vite ? Oui parfois.

 

 Mais pourquoi en faire une règle absolue ?

 

https://le1hebdo.fr/journal/numero/185

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