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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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Architecture et cadre de travail, le travail rêvé, le travail camouflé

1- Un nouveau monde,  une nouvelle utopie

 

Vous visitez une entreprise new look ? Ce que l’on tient à vous montrer ce sont les salles et accessoires des temps de pause comme jeux, sports ....

 

Vous avez rendez vous dans un espace de coworking ? D’abord n’arrivez pas trop tôt, les résidents arrivent plus tard et tout de suite on vous présente les espaces pdj et détente...

 

Un nouvel open space vient de se créer dans une très grande entreprise. Quasiment pas d’espace pour réfléchir individuellement, une « bulle » pour rendez vous existe mais ne soyez pas claustrophobe. Par contre « on a mis le paquet » sur le coin détente et les canapés. Curieux, au bout de quelques jours,  les gens vont travailler ailleurs ou restent chez eux en travail à domicile....

 

 

Que se passe-t-il ?  On camoufle le travail ! 

 

Le web est généreux, de nombreux articles nous présentent la nouvelle vision des lieux de travail :  connectés (heureusement), ouverts, flexibles, modifiables, confortables, interchangeables.

Je travaille (presque) avec qui je veux, quand je veux, où je veux, comme je veux ... 

 

Lumière, couleurs, matières, sons, odeurs (pourquoi pas), une vraie féerie, doivent collaborer à un nouvel état d’esprit : être bien pour collaborer avec les autres.  

 

L’essentiel est de collaborer plus que de produire quelque chose. A croire que le travail, dur et matériel , se fait ailleurs en temps masqué.

 

Le discours rodé est attirant, en quelques principes le décor est planté :

 

« Dis moi comment tu veux travailler, et je te proposerai un espace qui te conviendra. » ce serait la devise des entreprises informelles.

 

« Réinvestir les « cafets » et les couloirs  pour favoriser la sérendipité. » Il s’agit d’une belle idée:  trouver quelque chose sans le chercher .. cela malheureusement va devenir un gadget. Une spécialiste de l’innovation disait un peu violemment : « rassembler des gens et croire que les idées vont germer c’est gentillet. Il faut surtout rassembler des gens capables d’avoir des idées ! »

 

« Faire voir la vie en rose aux salariés ». Tiens pourquoi donc ? Aider à la maîtrise du stress, éviter les burn-out, favoriser une ambiance lénifiante ?

 

« Créer un bien être physique, cognitif et émotionnel ». Hum, le paradis sur terre.  Le bien-être et le bonheur sont choses si personnelles que j’ai du mal à comprendre cette intrusion du collectif. 

 

« Exit la tour d’ivoire pour les dirigeants ». Proches, authentiques, accessibles, bien sûr transparents, tout à tous...

 

Bien,  le patron rêvé de l’entreprise d’à côté sans doute... Le bémol est que l’on voit bien que des espaces de bureaux dit confidentiels sont préservés. Aux principes, il faut bien des exceptions.

 

Cf Serena Borghero , responsable des relations Médias Emea Steelcase, les remarques entre « »  étant la pensée proposée. Les commentaires étant de votre serviteur.

https://www.google.fr/amp/s/www.blog-emploi.com/entreprise-informelle/amp/

 

Le discours est un dogme. On ne doit rien remettre en cause, la question qui seule mérite d’être posée c’est comment fonctionner et manager?  Fermer le ban, le temps du dialogue est passé. Comment critiquer ces conditions exceptionnelles de vie ?   On se demande encore quels sont les créateurs de ce mouvement poussé à l’extrême. Simple mécanisme de mode ?  Besoin profond de communier collectivement après une époque d’individualisme ?

 

2- Architecture et travail, des invariants à maîtriser, des dangers à écarter 

 

2-1- Préserver la spécificité d’un lieu dédié au travail. En soignant l’architecture on retrouve des fondamentaux : plafonds bas, cases réduites signifient effort et production; larges espaces et hauteurs favorisent la réflexion. Où êtes-vous bien ? La beauté des lignes et des couleurs et matières peut s’exprimer avec efficacité et sérénité. Le beau reste un des besoins fondamentaux de l’âme humaine.

 

Mais quel besoin de lorgner en permanence vers des canapés? Le travail exige un effort régulier, une position du corps propres aux activités. Ou bien, nous ne sommes en fait conviés qu’à un casting.  Le travail vrai est fait ailleurs par d’autres, par d’autres moyens.

 

2-2- Préserver la capacité de réfléchir, d’écrire, de poser son esprit sans le bruit, le rythme, le regard, la parole des autres.  Ne plus avoir de lieu à soi pour penser c’est la situation des héros de 1984 (Orwell). L’obsession du travail collectif ou de la coopération est curieuse. C’est dans l’équilibre entre les formes de travail individuel et collectif  que réside le point juste et l’efficacité pérenne.

 

2-3- Préserver la « dimension cachée ».  Cette expression reprend le titre du livre d’Edward Hall, Points Seuil. Remarquable, il rappelle que dans toute situation, dans toute culture, pour tout individu, une dimension protège, entoure la personne, crée une sorte de bulle d’intimité.  Qui y pénètre, rend mal à l’aise l’autre. Il y a des distances à préserver. Des espaces collectifs comme les open-spaces doivent  intégrer et respecter cette notion, au risque de faire surgir malaises, méfiance, mal-être.

 

2-4- Préserver une communication réelle entre les « travailleurs ».  Rendre fluides les contacts sans instituer un voyeurisme dans une maison de verre. 

 

A l’utopie qui dit faciliter la communication peut succéder la facilité d’une communication numérique et bientôt une communication télépathique : parler à qui je veux sans le regard des autres. Il faut garder la. capacité de murmurer, de plaisanter voire de critiquer le chef ...

 

Si tout « est rentré », caché, non-dit , Dieu garde ! L’ambiguïté, le double langage,  le pharisaïsme vont se répandre.  

 

 

2-5- Préserver une autonomie. L’homme a besoin de solitude pour faire le point et créer. Il attend la communauté pour partager. Il faut donc des temps et lieux distincts. Ou bien il risque de manquer une phase à la respiration... c’est l’homme qui aime déclencher ces temps distincts plus que le groupe.

 

 

Trop près on s’insupporte,  trop loin on s’ignore. Difficile équilibre à construire d’une saine proximité. 

 

L’architecture est toujours le signe d’une civilisation pour le meilleur et pour le pire.  Il se pourrait que nous construisions des lieux de travail pour nous inciter à travailler chez nous. Paradoxes et effets induits seront à analyser régulièrement. Le travail n’est plus au centre, l’homme n’est pas forcément le vrai héros de cette affaire...

 

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