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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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L’art de commander ? Old fashioned or up to date ?

 

Il y a des invariants qui permettent aux communautés de vivre et se développer, encore faut-il les découvrir.

 

André Maurois revient. Quelle heureuse et méritée surprise. Il y a quelques temps Jacques Attali s’étonnait que les grandes biographies de cet auteur n’aient plus de diffusion malgré leur grand mérite.

 

Le colonel Cyrille Becker, en poste à la DRH de l’armée de Terre, nous propose un commentaire des Dialogues sur le commandement d’André Maurois. 

 

Cet ouvrage  a été publié en 1924. Maurois imagine une série de dialogues entre un philosophe (qui pourrait être le philosophe Alain) et un jeune officier, son ancien élève, en poste lors de l’aventure marocaine de Lyautey. En trois  dialogues principaux, le bien fondé de l’autorité, ses mécanismes, l’importance de l’intelligence et de la réflexion dans son exercice . La nécessité de l’autorité, ses dangers sont analysés, soupesés, mesurés.  Deux mots clé s’imposent : courage et décision. 

 

Il faut attirer l’attention sur cette forme atypique de réflexion par l’intermédiaire de dialogues. Les dialogues socratiques en étant le plus bel exemple. Les pensées cheminent, se répondent, se modifient, se construisent. Pas de réponse prémâchée, il faut aller au bout du dialogue exigeant pour bâtir sa pensée.

 

Les deux protagonistes, montrant une grande estime l’un pour l’autre, malgré la différence de générations, échangent leurs arguments, parfois de manière vive, forte, intransigeante. Le philosophe veut mettre au centre de tout la réflexion, la pondération. L’officier martèle qu’aucune communauté ne peut vivre sans une autorité.  Dans tous ces dialogues, il ne s’agit pas de savoir qui a raison ou qui a tort de l’homme de pensée ou de l’homme d’action. Maurois a campé (caricaturé ?) des pensées fortes. Passant d’un mode de raisonnement à l’autre, des convictions répondent à d’autres nous forçant à réfléchir, à méditer. Non pour choisir une option mais pour nuancer nos propres pensées, les densifier, les opposer, les enchaîner. 

 

Cette forme littéraire du dialogue est vraiment propice à examiner successivement des points de vue, sans rejeter a priori ceux des autres. Capter puis ruminer. « Choisir n’est pas exclure, ni préférer sacrifier ». Le conseil du poète peut trouver là aussi un juste emploi. Un dialogue de ce type est un livre outil qui stimule la création de votre propre pensée.

 

Le livre, même en peu de pages, est dense de références, de renvois à des chefs militaires ou civils; les multiples lectures de Maurois se croisent pour transmettre la matière d’une réflexion sur un sujet éternel pour toute communauté. Cet auteur d’une grande élégance a toujours écrit une langue simple, fluide, nuancée. Pas d’outrances, pas d’intolérances mais une pensée ferme qui vous demande, qui vous oblige à réfléchir sans vous promener et rester purement étranger aux discussions. Serait-on surpris s’il se tournait vers nous pour nous inviter à dire ce que nous voyons dans notre époque ? Démission ? Autodestruction ? Dépérissement ? Rejet ? Inutilité de l’autorité ? Serions-nous capables sous les changements inévitables de retrouver les fondamentaux, les permanences, les invariants qui permettront à une société ou communauté de fonctionner, de survivre, de rayonner ?

 

Vous devrez acquérir Les dialogues sur le commandement de Maurois, édité chez Grasset, il y a eu de nombreuses éditions. L’ouvrage existe aussi en version Kindle. Mais vous ne pourrez pas  non plus faire l’économie du livre du colonel Becker, L’art de commander selon André Maurois, paru tout récemment aux éditions Nuvis. 

 

Une petite biographie intellectuelle de Maurois vous donnera les clés de cet auteur et l’envie compulsive d’acquérir ses grandes biographies comme Disraeli, Sir Fleming, Balzac … On nous permettra d’ajouter, en 4 volumes chez Fayard et Perrin, Lectures, mon doux plaisir, qui nous livre une magnifique histoire de la littérature française et enfin un merveilleux ouvrage de synthèse, Un art de vivre, Perrin…

 

Découvrir que des officiers de notre époque font de ce livre, un livre de chevet et de méditations est déroutant pour moi. Déroutant pour ne plus hésiter à fuir certaines catégories d‘ouvrages.  Ce n’est pas la première fois que je le remarque, mais j’avais peur de me laisser entraîner par un manque  flagrant de bienveillance envers les spécialistes de management. La profondeur de pensée s’appuie sur des livres de facture classique, peu souvent sur les pseudo-ouvrages de management. La chose est entendue, il faut le répéter plus fort.

 

Le colonel Becker, dialogue par dialogue, commente le texte de Maurois, apporte des compléments et par touches légères nous montre l’actualité en 2018 de cette réflexion menée en 1924 !

 

A l’heure où la mode managériale est encore à l’ « entreprise libérée », mouvement portant une certaine méfiance envers les autorités intermédiaires, il est peut-être utile de remettre le zoom sur l’essentiel et non l’accessoire. On peut voir décliner une autorité individuelle dans nos sociétés au profit d’une relative autorité du groupe, mais je crois que les militaires nous ramèneront au réalisme de l’autorité qui organise, qui transmet, qui décide. C’est le combat qui oblige au réalisme, comme la nécessité de l’entrainement. Encore faut-il que ces autorités individuelles « crantent » au bon niveau, sur le bon registre!

 

Le général Labuze, commandant des écoles de Saint Cyr, auteur de la postface met, au centre de la formation de tout chef, l’impérieuse exigence du dialogue, avec soi, avec autrui :

 

« L’art du commandement est donc , de prime abord, un combat intérieur... »

 

https://www.nuvis.fr/

 

 

Un billet précédent de notre blog présentait la revue de l’Armée de Terre et son colloque sur l’autorité : L'autorité dans tous ses états

 

 

 

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