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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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L’intelligence artificielle et la formation : surveiller ou former

 

Rencontre avec un directeur de cycles et diplômes d’enseignement supérieur.  La discussion, à un moment, porte sur notre obsession de l’IA… L’intelligence artificielle.

 

Avec  « l’IA on sait tout sur les stagiaires, ceux qui se connectent, ceux qui ne se connectent pas », on a le moyen de les suivre, de les pister, de les interroger sur le pourquoi, de les accompagner éventuellement pour dépasser les difficultés.

 

En fait il s’agit beaucoup plus aujourd’hui de stockage de données et de leur analyse éventuelle. 

 

Le véritable impact de l’IA serait de conformer et modifier l’enseignement, de relancer de manière plus intrusive les « formés », de tirer le portrait robot ou la carte des réelles compétences. Après analyse, le futur formé serait interdit de tel ou tel parcours ou dirigé vers celui où il doit s’exprimer…

 

Nous ne sommes pas encore parvenus à la suprématie totale de l’IA. On ne stocke pas encore des données dans la tête des gens comme avec une carte mémoire supplémentaire. L’orientation n’est pas encore complètement verrouillée par la machine mais souvent par le hasard, les rencontres, les échecs, les réussites, l’attirance ou la répulsion des sujets, des pratiques. Ne nous faisons pas peur trop vite… L’instituteur Big Brother n’est pas encore là.

 

Aujourd’hui la mécanisation de la formation est tirée par la baisse des coûts et l’augmentation des marges en mettant des stagiaires ou étudiants devant leur ordinateur. Plus de salles, moins d’enseignants, moins de frais. Modèle économique oblige. Le présentiel existe encore un peu, il faut quand même créer une histoire commune, préparer les conditions d’un dialogue ou d’une coopération qui devront  parfois exister pour des exercices, des rendez-vous virtuels ou présentiels. 

 

Des  vraies questions se posent. La mode des débats, liés à l’IA, permet d’approfondir des fondamentaux qu’une équipe de professeurs et formateurs doit travailler en permanence. Mais certains ne s’en préoccupent pas du tout : pas d’angoisse profonde, pas de remise en cause, pas d’interrogations. C’est la loi du business, Go ! Go ! Go ! Il faut avancer… mais pourquoi donc ? Des gens disent en permanence : il faut aller vite. Oublier l’équilibre entre le temps court et le temps long est une grossière erreur. La formation micro-ondes n’a pas de saveur, de goût, de permanence, ni sans doute d’efficacité.

 

Il n’empêche, des questions demeurent.

 

Transmet-on  une connaissance et un savoir-faire profond  sans la présence humaine ? Transmettre est-il simplement ouvrir un programme informatique ?

 

  • Transmettre est un processus lent exigeant les caractéristiques humaines de parole, de regard, de pensée. Il faut être en résonance du fonctionnement humain, de ses sens et de son intelligence. On transmet des choses utiles immédiatement et combien totalement inutiles a priori, dans un premier temps. Ces connaissances sont stockées et un jour seront réactivées, comme un « agent dormant ». Ce sont des ressources précieusement organisées et conservées.  Voir le livre admirable de J. de Romilly, Le trésor des savoirs oubliés, De Fallois.

 

Quel est le véritable rôle du travail de la mémoire pour un processus de formation ? Accumuler des dossiers comme des fichiers dans un ordinateur ?

 

  • Dans l’enseignement, mémoriser est le gage d’une assimilation, certes des éléments fondamentaux mais surtout cette opération de mémorisation met en place des réflexes (des « habitus ») de pensée, de connexion, de rebond. Tout cela crée un écosystème de connaissances digérées. Mémoriser est le début de la « rumination » pour créer sa pensée personnelle.

 

Quelle est la mission de l’enseignant/formateur ? Pister l’absentéisme virtuel ? Choisir des contenus à mettre en ligne avec un système d’aide à la décision ?

 

  • La mission de l’enseignant : Aimer ! Aimer sa matière, aimer transmettre, aimer les gens à qui il va transmettre. Difficile pour une machine de faire mieux. Et sans cela, rien ne sera véritablement transmis comme si la mécanisation provoquait une mauvaise réaction chimique. Tout se dissout : le désintérêt des étudiants comme des professeurs s’installe. 

 

Quelle est la mission d’une institution d’enseignement ? Gérer et automatiser un marketing de positionnement sur les réseaux ? Se mettre en ligne et s’autocorriger  vis à vis de processus d’évaluation nationale ou internationale ? Un étudiant peut-il être un client ?  

 

  • En façade, tout le monde, toutes les entreprises, toutes les institutions disent avoir un vrai projet, une vraie vision. Le point délicat réside dans ce nœud. La proclamation est-elle suffisante? Ce projet, cette vision doivent jaillir dans toute activité, toute publication. Les enseignants et formateurs sont les porteurs de la marque de fabrique. Il est très difficile de se diriger dans l’uniformisation des modèles et des discours marketing. Excellence, oui, mais en quoi ? Former la femme, l’homme intégral. Intégral, c’est à dire professionnel, humain, culture, corps. Oui, oui, il reste l’obsession  de trouver rapidement un job. Mais est-ce inconciliable ? 

  • Comment créer le système de formation de demain ? En repérant les germes qui pourraient lever demain. Micro-réalisations, pratiques stables, innovations au plus prés du terrain, créations spontanées. Il faut passer au crible ces brindilles du futur. Demain est déjà présent : dans les idées, dans les contenus, dans les lieux, dans les pédagogies.

 

  • L’essentiel reste la vision. Je suggère un exercice pour chaque enseignant et formateur. Quel est le projet que vous soutenez et mettez en œuvre ? En deux pages… la pile atomique qui transmettra de l’énergie au système de formation c’est …

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