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22/01/2018

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A l'affiche

Chasse aux DRH : la violence affichée des mots, la violence cachée des images

On nous pardonnera de venir en décalage sur l'actualité mais nous avions prévenu nos lecteurs. Prenons le temps de ruminer avant de réagir. 

 

Les fils d'actualité m'avaient, comme tous, alerté sur la tenue d'un congrès RH. J'avais saisi que cela donnerait lieu à quelques manifestations et envolées. Mais je n'avais pas prêté attention à la présentation d'une « chasse aux DRH ».

Le site sans doute éphémère http://chasseauxdrh.com/ donnait pourtant plusieurs indications : programme du congrès RH, pages de blogs, tract, sur le capitalisme et les RH et enfin tous renseignements utiles pour une participation à la manifestation.

 

 

 

Deux éléments sont plus que d'autres à examiner et analyser.

 

1- La parisienne libérée.

 

On pourra trouver quelque amusement à cette vidéo assez talentueuse, parfois bien injuste, mais difficile de tenir rancune aux chansonniers. Sa ritournelle reste en tête. Elle caricature et se moque d'un langage RH qui manque de réalisme, parfois qui oublie que l'Entreprise n'est pas le Tout de la Société. La rigueur des mots et des concepts doit s'appliquer à tous. C'est toujours embêtant de faire rire.

 

la république des DRH

http://www.laparisienneliberee.com/

 

Que tirer de cela? 

La parole des RH doit être plus retenue, plus rare, plus concrète. Les systèmes s’épuisent, les expériences présentées sont-elles toujours abouties, toujours réelles ? La profession exige une réflexion de fond sur les finalités de la fonction. Revenir à l’essentiel.

 

Au risque de radoter, une anecdote qui fixe les bonnes limites.

Participant à un processus d’embauche du futur DRH avec un PDG, au bout de trois entretiens, lors d’un debrief, le PDG s’étonne : «  Ne trouvez vous pas curieux que ces trois candidats ne me parlent que d’économies, de valeur, de structures, de réorganisation ? Aucun spontanément ne m’a posé des questions sur les hommes de l’entreprise, la culture de notre fonctionnement et de nos relations. Nous avons peut-être fait une erreur, il y a de nombreuses années : changer le titre de cette fonction. Les DRH doivent s’occuper d’abord de la qualité des relations humaines. » 

 

La croyance dans les systèmes est-elle source de progrès humain ?

 

2- L'affiche annonçant la chasse aux DRH.

 

 

Six trophées de chasse,  têtes d'animaux peu sympathiques, une étiquette placée sous chaque tête nomme une entreprise. Sans doute y a-t-il un lien entre le choix de l'animal et le nom de l'entreprise : Renault, Free, Air France etc…

Puis une légende 

" Dans le cadre somptueux du Bois de Boulogne,

Soyons nombreux au rendez-vous 

Pour busquer, traquer, enfumer…"

 

Dans la presse sympathisante, cet appel à manifestation était évidemment présenté sous l'angle de l'humour. Cela limite la responsabilité des initiateurs. Au final, peu de manifestants, des voitures brûlées, des interpellations, et une ministre du travail qui s'était excusée pour son absence. Faut-il faire référence à un évènement de cette sorte ? Faire silence serait une forme de réponse, ne pas soulever de polémique une manière de dissoudre un non évènement. Il n’est pas certain que cet épisode soit si neutre que cela. Le voile de l’humour ne saurait permettre de stigmatiser des catégories. N'étant pas partie prenante, il nous paraît important de nous pencher sur cet incident pour fixer des limites. 

 

Nos commentaires dépasseront ce seul factuel. Revenons sur le visuel où nous paraît résider la vraie violence de l'évènement.

 

1-Des humains représentés sous figure animale, ce biais est toujours dangereux et nécessite une grande prudence et bienveillance, absentes en la matière.

 

2-Des responsables (ou leurs entreprises) représentés sous forme de tête, séparée du corps, un trophée ! Ou une "tronche" mot non porté heureusement sur l'affiche et le visuel. Chez Balzac (Vautrin),  on trouve la signification de ce mot affreux de tronche : c'est la tête coupée du condamné qui roule par terre.

 

3-Des mots pour signifier une chasse. Drôle de chasse. 

 

-Busquer.  Mot ancien, peu utilisé. Signifierait, sous toutes réserves, chercher fortune.  Les rédacteurs ont creusé le sujet, rechercher les images, à moins qu'il ne s'agisse simplement que du terme débusquer. On perçoit toute l'aménité dont feront preuve les chasseurs.

-Traquer. "Cerner le gibier dans un cercle de chasseurs (traqueurs et tireurs) qui se resserre de plus en plus"; "Battre, fouiller un lieu pour faire fuir le gibier"; "Poursuivre, rechercher pour attraper et tuer"… 

-Enfumer, pouvait se dire pour  des terriers et du petit gibier  mais est-ce bien là le gibier visé ? L'image, représentée sur le site,  la salle du Pré Catelan (?), doit-elle  nous faire penser à un château ? Ce serait hallucinant. L'imaginaire s'enflamme, les références historiques pourraient se précipiter dans notre tête agitée...

 

Quel humour vraiment !! 

 

Heureusement que les DRH ne se mettent pas à brocarder, avec le ton de cet humour, leurs partenaires habituels. Que n'aurions nous entendu à juste titre ?

 

Les mots, les caricatures, les images ne vont jamais seuls et entraînent leurs lot de conséquences. Cacher l'attaque sous le voile de l'humour est un peu de Tartuffe. Une mécanique pernicieuse est initiée qu'il est ensuite difficile de contrôler. On attaque systématiquement une fonction, on attaquera inévitablement des hommes. 

 

Déshumaniser est profondément malsain. Ces trophées ne ressemblent guère à une paisible fable de La Fontaine qui mettait en scène bien des animaux. L'humour n'est pas simplement de mauvais goût, il pousse à considérer différemment des interlocuteurs, ou plutôt à les déconsidérer. La violence des mots, des images pourraient amener des comportements plus violents encore. Il y a des transgressions qu'il est difficile de maîtriser. Raison garder et respect réciproque doivent rester les maîtres de tous côtés.

 

Evidemment, ce ne seront pas les mêmes personnes qui seront les acteurs de demain. Dans le crescendo de violences, un acteur succède souvent à un autre acteur. Le premier jure ses grands dieux que jamais il ne serait allé à commettre un tel acte. Bien sûr. 

 

Barnave (un modéré…), durant la Révolution française,  n'a pas participé directement aux violences exercées contre Berthier de Sauvigny et Foulon (deux grands administrateurs de l'administration royale opposés aux désordres) . Il s'est juste contenté de dire :" ce sang était-il donc si pur ?".

 

Ces références à la Révolution doivent étonner, surprendre, choquer. Il est vrai que les images m'ont donné envie de re-feuilleter certains ouvrages de ma bibliothèque. Avant les périodes agitées, les caricatures et les pamphlets ont préparé le terrain, fait tomber des barrières, appeler à d'autres comportements.

 

Une DRH rencontrée il y a quelques mois me disait que si Air France avait eu un DRH femme, jamais l'entreprise n'aurait connu de tels débordements  comme la chasse donnée à un DRH, devant s'enfuir, escalader des barrières sous protection policière. Sans doute faisait-elle allusion à des qualités supposées innées : patience, absence d'ego et de goût du pouvoir, désir de trouver des accommodements ... je pensais ces descriptions un peu dépassées.

 

Hum, avec  une perspective historique, tout cela manque peut-être de prudence dans l'appréciation. La Princesse de Lamballe, sous la Révolution française, malgré sa beauté, sa grâce, son intelligence,  ne pût éviter son sort…

 

Grâce à Dieu nous sommes heureusement loin de tels moments…

 

Mais remarquons quand même que chaque époque a l’humour qu’elle mérite.

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