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Les mains visage de l'âme ?

22/01/2018

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Je suis seul, JE SUIS SEUL…

Aïe, cela partait bien ce blog. Voilà que le bloggeur partirait du chapeau… Non je vous rassure ! Avouons qu'intituler un billet "Primauté du bien commun" aurait sans doute un impact bien limité, cela donnerait un avant goût de cours de philosophie. 

 

Pourtant, en cette notion, réside le nœud de la crise que nous vivons. Roger Pol Droit, dans sa chronique hebdomadaire des Échos touche le point sensible. Crise catalane, PMA sont au départ de sa réflexion. Autrefois, lois du monde, lois suprêmes, réglaient le vouloir et les envies des hommes. Mais aujourd'hui ?

 

 

"Il faut cependant souligner qu'un équilibre était toujours maintenu, vaille que vaille entre l'universel et le singulier : chacun secouait le joug d'un ordre injuste, mais au nom de règles valables pour tous, partout, toujours. Les émancipations s'harmonisaient au sein d'une loi d'ensemble, ou du moins étaient censées y parvenir. Voilà qui est en train de se défaire. Au nom des désirs d'indépendance, on assiste en effet à une prolifération des refus de toute loi commune, et ces nouvelles manières de disposer de soi-même ont pour caractéristiques de ne plus s'unifier.

"Je fais ce que je veux, et la loi doit garantir la satisfaction de mon désir singulier. Si la loi s'oppose à ce que je souhaite, c'est elle qui a tort."

Telle est la nouvelle maxime…"

Les Échos, 13 octobre 2017.

Les choses sont dites, clairement, simplement, puissamment.

 

 

 

Toutes les organisations à des degrés moindres vivent une crise similaire. A croire que l'homme vit, pense, agit seul, et le reste n'à qu'à s'accrocher et à suivre. Dans les entreprises cette crise est profonde et fait perdre le sens et la compréhension des projets communs. On assimile le bien commun à une "politique corporate" qui est évidemment rejetée car lointaine, car désincarnée. 

C'est pourtant un outil de cohérence extraordinaire que d'ordonner les choses à des règles plus hautes, à des intérêts supérieurs. Ne pas vouloir être la mesure de toute chose permet seul de construire vie, projet sur le long terme. 

 

Il faut revenir encore à notre La Fontaine. Je ne l'ai jamais quitté dans ses grandes fables comme dans celles moins citées et moins connues. C'est un maître de pensée. Mais ce mois-ci, une chronique à paraître dans la revue Management, m'a conduit à reparcourir ce bréviaire de réalisme. Je vous le dis sur le ton de la confidence : je rêve qu'un éditeur, un journal me demande et m'impose la rédaction d'un recueil des fables commentées pour notre temps...

 

Sur notre sujet, une fable s'impose. Tout est dit ! L'envie d'en faire à sa tête, l'incompréhension du rôle des autres, la joie très temporaire de l'indépendance rêvée, la catastrophe annoncée. Relisons la ou découvrons ce texte.

 

Il faut dépasser les références historiques, ne point trop s'étonner de la langue parfois différente de celle de notre époque et aller aux idées essentielles. Messer Gaster est l'estomac. Ménénius, un patricien romain, qui veut éviter en 494 av JC que la plèbe (le peuple) se sépare de la Cité.

Les membres et l'estomac

 

Je devais par la Royauté

Avoir commencé mon Ouvrage.

À la voir d'un certain côté,

Messer Gaster en est l'image.

S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.

De travailler pour lui les membres se lassant,

Chacun d'eux résolut de vivre en Gentilhomme,

Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.

Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.

Nous suons, nous peinons, comme bêtes de somme.

Et pour qui ? Pour lui seul ; nous n'en profitons pas :

Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.

Chommons, c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre.

Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,

Les bras d'agir, les jambes de marcher.

Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.

Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent.

Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ;

Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur :

Chaque membre en souffrit, les forces se perdirent.

Par ce moyen, les mutins virent

Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux,

À l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.

Ceci peut s'appliquer à la grandeur Royale.

Elle reçoit et donne, et la chose est égale.

Tout travaille pour elle, et réciproquement

Tout tire d'elle l'aliment.

Elle fait subsister l'artisan de ses peines,

Enrichit le Marchand, gage le Magistrat,

Maintient le Laboureur, donne paie au soldat,

Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,

Entretient seule tout l'État.

Ménénius le sut bien dire.

La Commune s'allait séparer du Sénat.

Les mécontents disaient qu'il avait tout l'Empire,

Le pouvoir, les trésors, l'honneur, la dignité ;

Au lieu que tout le mal était de leur côté,

Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.

Le peuple hors des murs était déjà posté,

La plupart s'en allaient chercher une autre terre,

Quand Ménénius leur fit voir

Qu'ils étaient aux membres semblables,

Et par cet apologue, insigne entre les Fables,

Les ramena dans leur devoir."

Parler de La Fontaine reste un bon "viatique" pour les responsables d'organisations. 

 

A lire : Et si les Fables de La Fontaine étaient le meilleur livre de management de tous les temps ?

 

 

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